Les premières notes s'élèvent telles de longues plaintes qui nous isolent tous dans un monde où la félicité vit en exil, apeurée par la désolation dont le pouvoir sera bientôt amplifié par les légers mais néanmoins puissants chuchotements du chanteur. Le volume de la voix meurtrie augmente en tourments alors que la batterie et la basse se joignent imperceptiblement au règne d'un chagrin ravagé par la tromperie et l'hypocrisie. L'ampleur vocale résonne désormais en seul maître, les instruments sont transformés un instant en simples figurants. Puis la batterie, discrète jusqu'ici, renverse subitement le pouvoir et surprend la foule par sa beauté alternative et éphémère. Et moi, en simple tyran que je suis, je reprends le devant de la scène pour imposer une triste dictature au peuple indiscipliné et à la façade suicidaire. L'alliance presque parfaite entre ma guitare et la torture phonique qui croit dangereusement nous enferme un peu plus dans cette cage aux barreaux créés de toute l'angoisse et la consternation qui flotte dans la pièce. Et tout recommence, piège infini qui oblige sa proie à demeurer dans une souffrance éternelle. Enfin, le moment fatidique arrive, mon instant de libération dans ce cercle d'amertume. Je domine les autres participants grâce à mon agonie troublée par la maussade insatisfaction qui y perce clairement. Ils dépendent tous de moi, l'envoûtement de ce solo les emprisonne et les entraine aveuglément jusqu'à la succulente perfection.
Et c'est fini...
Un enterrement, c'est quoi ? Les membres d'une famille nombreuse qui pleurent la réduction de leurs rangs. Quelques amis intimes qui se remémorent des souvenirs éteints mais qui se demandent ce qu'ils vont faire le soir même. Peut-être des inconnus qui sont là pour les bonnes m½urs et qui présentent leurs condoléances aux connaissances. Quelqu'un qui officie la macabre cérémonie, mais il est tellement habitué que la mort elle-même n'a plus de sens.
Et lorsqu'on est célèbre ? Des fans grossissent la masse de spectateurs et les longs râles d'une tristesse passagère couvrent les prières. Une musique significative qui a pour seul effet de faire redoubler les apitoiements est jouée, mais n'est pas finie, les musiciens étant trop submergés par une émotion apparente. On en entend parler dans le monde entier, des pleurs s'élèvent, signes et preuves d'un brassage racial ne tenant qu'à une vidéo qui circule clandestinement, une impression de proximité.
Et si cette même personne avait tout perdu ? Et si elle avait joué de son vivant et gagné la mort ? Et si c'était une victime ? Et si personne ne la comprenait ?
Je l'aime, mais pourtant je la baise. Je la veux, donc je la possède.
Une seconde fois.
Comme l'autre fois, coupés du monde dans un corps à corps passionnel, je m'ennuie. Je jouis en elle, elle m'engueule. Je me lève et prépare des lignes de coke. Elle me rejoint, on les tape ensemble, c'est si agréable.
Il est six heures du matin, la nuit n'est pas finie, le jour n'est pas levé. Dans cette intersection entre ombre et lumière, mal et bien, mort et plaisir, elle repose sur mon épaule, je m'assoupis légèrement.
Elle m'embrasse le cou, je décale ma tête. Je lui dis que je l'aime, elle m'emmerde : je souris.
Alors, qu'est-ce que je gagne à vivre cette vie ? Moi, j'aime ça, c'est ça le bonheur, non ? Décalé du spleen des autres, enfermé par des péchés inavouables, avec elle, mon double féminin.
Ce dernier mot flottait dans ma chambre. Au fond, il était joli ce prénom. C'était sa voix qui m'horripilait. Sa voix qui se voulait douce mais qui criait comme un animal qu'on égorgeait en prenant sadiquement son temps. Sa voix qui me fascinait comme un naufrage amenant la mort et le désespoir dans un petit rire. Sa voix qui parcourait chaque pièce en imprégnant chaque obstacle de sa tonalité sonnant faux. Sa voix qui résonnait fatalement tous les jours et qui avait fini par s'inscrire dans mon quotidien.
Sa voix que je ne voulais plus jamais entendre...
Vous trouvez que plus ça va... mieux Kyô est ? *w*
♪ L'intention est claire, je regarde fixement... ♪
♪ Avec cette main gauche, impossible à contrôler ♪
♪ A chaque moment je saigne, quand la raison de vivre ment... ♪
♪ Et je découvre des mots qui sont vifs et brillants ♪
[ Dir en Grey - The final ]
RENTRER EN SOI - I hate myself and I want to... =>
♪Pix => La perfection ou Dieu et ses anges...~
Ryû, de plus en plus folle...~